Le sujet
Le bâtiment apparaissant sur cette épreuve photographique est celui de l’ancienne manufacture, installée à Sèvres en 1756. Prise légèrement en hauteur, cette photographie offre un panorama global et un angle de vue plutôt rare face aux photographies connues de cette même période, tout en conférant une place centrale à la manufacture. La façade principale et la porte de l’entrée de la cour royale apparaissent au-dessus des toits du bâtiment attenant à la rue du premier plan. Bien que la manufacture ne l’occupe plus depuis 1876, date de son déménagement sur le site actuel en bord de Seine, le bâtiment existe toujours et est aujourd’hui occupé par France Éducation International (ex-Centre international d’études pédagogiques).
Le contexte
Cette photographie est ainsi prise près de cent ans après le transfert de la fabrication de la porcelaine de Vincennes à Sèvres et au moment où le projet d’édifier une nouvelle manufacture voit le jour. Édifiée à partir de 1753 sur le terrain de la ferme de La Guyarde acquis en 1752, la première manufacture installée sur la localité de Sèvres combine une « résidence » royale, le roi y ayant ses appartements et une entrée spécifique avec avant-cour et porte cochère, les activités de fabrication avec les ateliers et les fours, ainsi que des activités commerciales puisqu’un magasin de vente y est ouvert au public. Les travaux sont suivis par l’architecte Lindet et l’ingénieur Perronet.
L’auteur
Issu d’une famille d’artistes, Louis Rémy Robert (1810-1882) est le fils de Pierre Robert, chef des travaux de peinture sur verre à la manufacture. Il entre lui-même à la manufacture en 1833 en tant que chimiste du laboratoire de peinture sur verre. Il occupe ensuite le poste de chef de cet atelier en 1839 puis de chef de tous les ateliers de peinture à partir de 1848 avant d’être nommé administrateur de 1871 à 1879. Le portrait de ce membre éminent de la manufacture de Sèvres ne saurait pourtant être complet sans évoquer son activité dans le domaine de la photographie. Ses connaissances en chimie, indispensables aux manipulations des procédés photographiques, associées à son sens artistique, lui confèrent les compétences et les qualités d’un photographe amateur averti, reconnu aujourd’hui comme une des figures des « primitifs de la photographie ». Une « école de Sèvres » s’organise même autour de Louis Robert et de Victor Regnault, autre figure de la photographie, incluant un petit nombre de personnels de la manufacture. Louis Robert demande dès 1863 l’installation officielle d’un atelier photographique au sein de la manufacture, appuyé par Regnault. Cet atelier est mis sur pied de manière effective en 1865.
L’œuvre photographique de Louis Robert couvre portraits de sa famille, amis et membres des ateliers de la manufacture, paysages, études d’après nature et natures mortes, en particulier les porcelaines de Sèvres, sur papier négatif puis sur support verre. Certaines de ses vues gagnent une notoriété particulière en étant publiées sous forme de lithographies dans les Souvenirs de Versailles édités par Blanquart-Evrard en 1853 ainsi que dans l’Atlas des anciens Evêchés de Bretagne, Histoire et Monuments, par J. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, publié en 1855. Au-delà de sa pratique personnelle de la photographie en amateur et de sa volonté de l’utiliser au sein de la manufacture, il s’implique également dans la recherche et dans les cercles des amateurs de photographies. Il devient ainsi membre actif de la Société française de photographie dès 1855 et assure des cours de chimie photographique à l’école des Ponts et Chaussées. Il met au point pour son propre usage un châssis à prise de vues multiples, qui fait l’objet d’un article dans la revue La Lumière en 1854.
La technique
Le négatif sur papier ciré sec a été mis au point au tournant des années 1850 par Gustave Le Gray. À la différence du calotype de Talbot, le cirage du papier est réalisé avant les opérations de sensibilisation, d’exposition et de traitement. En 1852, son inventeur en dresse les qualités : « Je le recommande tout spécialement à l'attention des amateurs de photographie, comme donnant les résultats les plus complets, tant pour la facilité des manipulations que pour la beauté des épreuves. »1 Un de ses avantages réside en effet dans le fait qu’il devient alors possible de préparer à l’avance les négatifs et de les transporter plus facilement. Le papier peut être sensibilisé à l’avance et prêt à l’emploi pendant plus de quinze jours, alors que les autres procédés photographiques nécessitent une préparation et une prise de vue rapprochée dans le temps. En outre, le procédé négatif permet d’obtenir de multiples vues positives et non plus une vue unique non reproductible.
La collection
Cette photographie a été acquise en vente publique par le Service des archives et des collections documentaires en novembre 2025. Longtemps conservées par les descendants de Louis Robert, ses photographies sont peu à peu mises en vente, renforçant la connaissance et la visibilité de sa production photographique.
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1 LE GRAY Gustave, Photographie : traité nouveau, théorique et pratique, des procédés et manipulations sur papier, sec, humide et sur verre, au collodion, à l'albumine, Lerebours et Secretan, Paris, 1852, p.19.